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À 13 h 15, après une allocution aux troupes par le ministre de la Défense M. P. Vanden Boeynants, le premier C-130 décolle. Le ministre remet la note suivante, signée de sa main. Elle sera confirmée le 19 mai à 20 h 55 par un message "Flash Secret" :

  1. Essayer aussi vite que possible d’établir un centre d’accueil pour les ressortissants occidentaux et les transférer à Kamina. Prévoir leur ravitaillement et l’appui médical ;
  2. La mission reste inchangée, c'est-à-dire, ne pas participer à l’opération militaire française en cours ;
  3. Vous devez néanmoins prendre toutes les mesures pour protéger, libérer et amener à l’aérodrome toute personne en danger. Vous devez réagir à cet égard à tout appel qui vous paraît fiable ;
  4. Au cas où des otages seraient emmenés et si vous jugez que vous pouvez les libérer, vous pouvez prendre action, tout en ne franchissant, en aucun cas, une frontière ;
  5. Votre action à Kolwezi reste limitée à 72 heures.

Ce texte a été exposé par le Premier ministre Tindemans, lors d’une interpellation à la Chambre des représentants le 23 mai 1978.

Le CH-01, "Leader" des opérations aériennes.Immédiatement après le décollage, le 15e Wing apprend que la France n’autorise pas le survol de son territoire. La demande introduite la veille auprès du ministère des Affaires étrangères française par l’État-major de la Force aérienne belge via le ministère de Affaires étrangères belge a été rejetée. Le ministère français prétend qu’un document fait défaut. L’autorisation de survol est cependant donnée pour le Portugal, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Gabon.

Le plan de vol prévoyait de survoler la France et de se ravitailler en fuel à Solenzara (Corse) avant de traverser l’Afrique. Le plan doit être modifié et tous les pays avertis ! L’interdiction française sera levée à 15 h, mais toutes les routes de vol étaient changées et en cours d’exécution !

Le fleuve.Les trois premiers C-130 doivent emprunter une route passant par Zeebrugge et Land’s End en Angleterre. Cet itinéraire fait perdre une heure, pour ensuite voler vers Porto-Santos (île de Madère), qui ne disposait que d’un camion citerne pour tous les appareils ! Donc d’abord "refueller" les dix C-130, avant les Boeing 727 qui volent plus vite et peuvent donc partir plus tard. De là, poursuivre le vol via Dakar (Sénégal), Abidjan (Côte d’Ivoire), Libreville (Gabon) où trois heures sont perdues. L’ambassadeur communique au colonel A. Blume qu’il est défendu de survoler le Congo Brazzaville. Il fallait donc faire un grand détour par l’océan et entrer au Zaïre par l’embouchure du fleuve. Soit 22 heures 30 de vol pour les trois premiers C-130, escales incluses. Les autres C-130 arrivent à Kamina après 20 heures 30 de vol.

Les appareils de la Sabena voleront 16 heures 10 avec escales à Las Palmas aux îles Canaries et à Libreville. Ils sont également contraints de faire un large détour. Par la route la plus courte via Djerba (Tunisie) et N’Djamena (Tchad), la durée de vol vers Kamina aurait été de 10 heures 15 pour les B-727 et de 13 heures pour les C-130. Pendant le vol, le colonel H. Depoorter, le major G. Couwenberg, commandant du 3 Para et l’officier d’opérations du Régiment le major P. Malherbe, déterminent en détail le plan d’opération. En bref : parachutage du 3 Para sur le nouvel aérodrome et de là, foncer vers la ville. Ensuite parachutage du 1 Para sur l’aérodrome pour le sécuriser de façon à ce que les C-130 puissent y atterrir, amener les véhicules et évacuer les réfugiés.

Le 2 R.E.P. s’embarque à bord de huit DC-8 et d’un DC-10 pour, de Solenzara, gagner Kinshasa où il disposera de 24 heures avant d’être engagé à Kolwezi. Pour deux avions, une escale technique est prévue à Abidjan. Les autres peuvent survoler l’Afrique en ligne droite, la France y disposant d’une autorisation semi permanente de survol.

Le Colonel français Yves Gras.À 15 h 50, l’État-major Général apprend que la Mission de coopération technique militaire française à Kinshasa a mis au point un plan d’opération franco-belge sur demande des autorités zaïroises. À 17 h, le ministre des Affaires étrangères, L. de Guiringaud, dit au ministre H. Simonet que le 2 R.E.P. ne gênera pas l’intervention belge. Mais le colonel (F) Y. Gras décide de lancer l’opération le vendredi après-midi, le général-major (Z) Babia lui ayant communiqué la teneur d’un message intercepté. Ce dernier, en provenance d’Angola et à destination des rebelles, prescrivait de quitter Kolwezi après avoir tué tous les prisonniers, détruit les installations industrielles, ainsi que d’emmener la population en otage.

L’État-major Général, via la radio de bord des C-130, ordonne à 22 h : "Ne sauter sur Kolwezi que si la piste est en bon état". À 22 h, le colonel (F) Y. Gras informe le colonel R. Bleus que les Français exécuteront l’opération sans les Belges. À partir de ce moment, tout contact sera rompu entre les deux Missions de coopération technique militaire. Le dernier avion du 2 R.E.P. atterrit à Kinshasa à 22 h, après 7 heures de vol.

Vendredi, 19 mai 1978

Le 2 REP à N'Djili.À 3 h 15, l’attaché militaire français à Bruxelles déclare que l’État-major des Armées à Paris n’est pas au courant d’une opération projetée à Kolwezi. Mais quelques heures plus tard, il rapporte que, sur demande du président Mobutu, les légionnaires vont sauter à Kolwezi. À Kinshasa, les F.A.Z. livrent au 2 R.E.P. des parachutes américains T-10, qui leur sont inconnus et auxquels ne peuvent pas être accrochés les "kitbags" français (le kitbag est un sac dans lequel l’équipement personnel de chaque parachutiste est disposé, il est accroché à une jambe et est largué avant l’atterrissage à 50 mètres du sol).

À 7 h, les trois C-130 en opération humanitaire au Mali arrivent à Kamina. Ils sont convertis sur place en "full para" pour permettre de parachuter. L’État-major zaïrois n’a pas été avisé de l’arrivée des avions belges par le Quartier général à Kinshasa.

Le 2 REP à N'Djili.Le 2 R.E.P. s’embarque à 11 h, à Kinshasa à bord de cinq C-130 (Z) et de trois Transall (F). Une partie de l’unité partira plus tard, car un C-130 et deux Transall tombent en panne. À 11 h 30, un message du ministère de la Défense nationale prescrit : "Ne pas exécuter d’opération sans autorisation formelle". À 13 h, nouveau message : "Pour colonel A. Blume et colonel H. Depoorter – Environ 120 paras français sauteront vers 13 h 45. Ne pas appuyer l’opération. Le dépannage au sol à Kamina est autorisé".

Le premier Boeing atterrit à 13 h 45 à Kamina, suivi du premier C-130, 15 minutes plus tard. À 15 h, le Régiment dispose de cinq C-130 et de déjà plus de 400 Para-commandos. Lorsque le contact est pris avec l’État-major zaïrois à la base de Kamina, ce dernier signale que l’aérodrome de Kolwezi a été repris par les troupes zaïroises. Mais maintes questions inquiètent l’État-major du Régiment : repris par combien d’hommes, depuis combien de temps et surtout, de quand date cette information et quelle est donc sa valeur ? Peut-on craindre une contre-attaque des rebelles ? Une demi-heure plus tard, autorisation est demandée à l’État-major Général d’effectuer une reconnaissance aérienne armée pour s’assurer de la possession de l’aérodrome, car sera-t-il encore aux mains zaïroises demain ? Un refus formel y est opposé, du fait que l’accord du cabinet de crise s’impose, et qu’il ne se réunit que dans la soirée.

Le visite du Président Mobutu.Toutes les radios locales signalent que le président Mobutu, à bord d’un C-130 (Z) et accompagné d’une trentaine de journalistes (pas de belges) a atterri sur l’aérodrome de Kolwezi. Il félicite le major (Z) Mahele, commandant le 311e bataillon Para, pour cette action.

À 23 h, le Régiment au complet, avec tout son matériel, est prêt à intervenir.

Entre-temps une partie du 2 R.E.P., soit l’État-major et trois compagnies (405 hommes), ont été parachutés à Kolwezi à 16 h 30, environ une heure avant le coucher du soleil. Avec cet effectif et de nuit, la prise par les armes et le contrôle d’une ville de 30 km² est improbable. Le restant du 2 R.E.P., une compagnie et la section mortiers, atterrit à Kamina à 16 h, à bord d’un DC-10 d’Air Zaïre. Vingt minutes plus tard, le commandant H. le Grelle et le commandant J. De Keyser, de l’État-major du Régiment, prennent contact avec les officiers français. L’unité attend un C-130 (Z) pour pouvoir encore sauter sur Kolwezi. Ce C-130 n’arrivera pas et le DC-10 décolle pour Lubumbashi à 17 h. Aucun renseignement précis sur l’ennemi n’est obtenu.

Assault Landing du 3 Para.Le Régiment décide de sa conduite pour le lendemain. Pour gagner du temps, la technique de l’atterrissage d’assaut sera utilisée (en annexe 4). Les appareils atterriront sur le nouvel aérodrome. Cela permet d’éviter la phase de regroupement des parachutistes, dispersés après un saut, en unités prêtes au combat et donc de gagner un temps précieux. L’expérience, acquise au Congo-belge en 1960, a appris au Régiment que ce regroupement peut prendre une heure après un saut sur zone d’herbes hautes (matitis) avant que les unités soient prêtes au combat. Au cas où l’aérodrome serait retombé aux mains des rebelles, rendant l’atterrissage d’assaut impossible, on procéderait au parachutage.

Le 15e Wing exécutera l’opération en trois vagues de huit C-130. Une première vague est scindée en deux "lifts" de quatre avions. Tandis que les quatre premiers appareils atterrissent de concert, les quatre autres attendent en l’air et n’atterrissent que lorsque les quatre premiers ont décollé. La première vague transporte du personnel du 1 Para, du 3 Para et de l’État-major tactique du Régiment. La seconde vague de huit C-130 amènera le restant du personnel du Régiment. La troisième vague inclut le détachement chirurgical, les véhicules de commandement, les vivres et les munitions.

La manœuvre prévoit que le 1 Para progresse le long de la route vers la nouvelle ville et la nettoie, tandis que le 3 Para avançant le long du chemin de fer s’emparera de la vieille ville. L’escadron de Reconnaissance est tenu en réserve. Sur le nouvel aérodrome sera installé une zone d’évacuation, comprenant un détachement d’accueil, une station de triage et un détachement médical. Une organisation d’évacuation similaire sera déployée sur la base de Kamina.

Timing réalisé

17 mai à 7 h

: début du planning au 15e Wing et au Régiment.

17 mai à 22 h 

: réception de l’ordre d’exécution de l’État major Général.

18 mai à 13 h 15 

: décollage du premier C-130.

19 mai à 13 h 45 

: atterrissage du premier B-707, suivi des C-130 à Kamina.

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