

Jeudi 11 mai 1978
L’opération rebelle "Colombe" démarre un peu après minuit. Le F.L.N.C. pénètre au Zaïre à partir de l’Angola (Texeira da Souza). Une force d’environ 1.000 hommes a pour mission de prendre Mutshatsha et d’y interrompre le trafic ferroviaire. Un autre groupement d’environ 3.000 hommes doit prendre Kolwezi.
Samedi 13 mai 1978
Kolwezi et le nouvel aérodrome sont conquis rapidement, les membres de la garnison des F.A.Z. sont tués ou s’enfuient. Tous les appareils, dont trois avions de chasse italiens, trois Cesna 310, six avions de transport Buffalo et deux hélicoptères sont détruits, de même que l’équipement de la tour de contrôle. Les six conseillers militaires français sont fait prisonniers, on ne retrouvera jamais leur trace.
Un avion civil belge voulant atterrir est pris sous le feu. Son pilote retourne à Lubumbashi et y informe les autorités. Le consul général Van Mossevelde envoie immédiatement un télex à l’ambassade et au ministère des Affaires étrangères à Bruxelles. Les ambassades occidentales à Kinshasa apprennent la nouvelle à 11 h. Des informations incomplètes, contradictoires et parfois incohérentes provenant de la Gécamines et de diverses Missions, en liaison avec le consulat, se répandent.
Les colonels (B) L. Planard et R. Bleus se rendent immédiatement au Quartier général des F.A.Z., où contact est pris avec le général-major (Z) Babia, le chef d’État-major, qui leur affirme que les F.A.Z. ont la situation parfaitement en main. Les colonels (F) Y. Gras et R. Larzul, les attachés militaires britannique et américain sont également présents.
À 14 h, l’ambassade française informe Paris. En fin d’après-midi, le président Mobutu, en tenue de combat, reçoit tous les diplomates accrédités dans la capitale zaïroise. Il les met au courant des événements mais ne fait pas appel à une aide extérieure. Le général-major (Z) Babia met le 133e bataillon d’Infanterie et le 311e bataillon Para en alerte.
Ce samedi soir, chacun, à Kinshasa comme en Europe, est convaincu que cette invasion n’est qu’un "raid".
Dimanche de Pentecôte, 14 mai 1978
Dans la matinée, le général du Peyrat, de l’État-major de l’Armée française, téléphone au colonel B. Leroy, chef de la section opérations à l’État-major Général belge. Il propose d’organiser une coopération entre l’Armée française et belge. Ce dernier lui demande de prendre contact le lundi avec l’État-major Général. Cela ne se fera pas.
À 13 h, le colonel (F) Y. Gras sollicite de l’Élysée le renforcement du 311e bataillon Para (Z) par deux compagnies de parachutistes (F) en vue d’exécuter une opération commune. Mais il lui est répondu qu’il s’agit essentiellement d’une affaire belge. La France apportera néanmoins son appui. Le colonel (F) R. Larzul rencontre le colonel L. Planard dans l’après midi et propose une collaboration. Le général-major (Z) Babia envoie le 133e bataillon d’Infanterie et le 311e bataillon Para à Lubumbashi.
L’agence de presse Belga, diffuse à 20 h la déclaration d’un représentant du F.L.N.C., selon laquelle "sept conseillers militaires ont été faits prisonniers à Kolwezi". Le scepticisme de Bruxelles et de Paris, l’emporte néanmoins sur l’inquiétude à Lubumbashi.
Lundi 15 mai 1978
À 16 h, le ministère des Affaires étrangères avise formellement le ministère de la Défense nationale. Le gouvernement prend la décision de faire partir plus tôt que prévu le C-130 qui assure la liaison normale avec Kigali (Rwanda). L’appareil demeurera sur place pour des raisons techniques et, si nécessaire, assurera l’évacuation pacifique des civils de Kolwezi.
Une heure plus tard le colonel (B) L. Planard envoie un télex : "Il faut intervenir avec trois bataillons de paras".
Pendant la soirée, le colonel (F) Y. Gras prend contact avec M. G. Vansina et suggère une collaboration. L’ambassade belge propose au ministère des Affaires étrangères de préparer une opération internationale combinée et de prendre contact avec la France et les États-Unis.
Mais Bruxelles persiste à n’envisager qu’une discrète opération d’évacuation. La veille, le ministre H. Simonet déclarait à la R.T.B.F. : "Il n’y aura pas d’intervention militaire belge au Shaba".
Un cabinet ministériel de crise "Shaba" est constitué. Des comités de crise sont également formés en France et aux États-Unis. La société Morris-Knudden (US) s’inquiète pour leurs concitoyens qui se trouvent à une dizaine de kilomètres au Nord de Kolwezi. Cette société travaille au projet Inga-Shaba et dispose à Lubumbashi de deux DC-3, d’un Piper Aztec et de deux hélicoptères Bell 206. Le président J. Carter ordonne la constitution d’une "Task Force Shaba". La 2e brigade de la 82e Airborne Division est affectée.
Le général-major (Z) Babia convoque les attachés militaires belge, français, américain, égyptien et chinois. Il est demandé à la Belgique de fournir les munitions, des armes légères et des canons. Le ministère de la Défense nationale prescrit à l’État-major Général de rassembler un État-major de planning, constitué d’officiers de la Section opérations, du Service général de renseignement et du Service médical.
Un telex de Lubumbashi fait état de 10 à 12 victimes européennes à Kolwezi et signale qu’une panique générale s’est emparée de la population.
Mardi 16 mai 1978
À l’aube, 60 paras du 311e bataillon Para (Z), sans assistance française, seront parachutés d’un C-130 aux environs immédiats de Kolwezi. Le restant de la compagnie suit à 9 h 30. De nombreux paras sont tués à l’atterrissage et d’autres s’enfuient. L’unité est anéantie. Les deux autres compagnies du 311e bataillon Para (Z) sous commandement du major Mahele, arrivées de Lubumbashi par la route et assistées par une compagnie du 133e bataillon d’Infanterie (Z) qui gardait le pont sur la Lualaba, s’emparent toutefois du nouvel aérodrome.
En Belgique et en France, les autorités pensent que le président Mobutu peut résoudre l’affaire lui-même et que les diplomates et les militaires à Kinshasa surestiment la situation. Les chefs des Missions de coopération technique militaire belge et française à Kinshasa sont néanmoins d’avis qu’une intervention immédiate et une collaboration s’imposent. Un groupe d’officiers français et le major (B) C. Van Melle, qui font partie de l’État-major du président Mobutu, sont désignés pour établir les plans d’une opération aéroportée.
L’État-major Général repousse l’idée d’une coopération franco-belge et est d’avis que tout doit être réglé par la Belgique. Le ministère de la Défense nationale ordonne, à 17 h, de mettre sur préavis une compagnie para et trois C-130. Le Régiment donne au 3 Para l’ordre de préparer une compagnie pour intervention à partir du 17 mai à trois heures !
À 23 h, le colonel A. Blume et le colonel H. Depoorter assistent à une réunion spéciale de l’État-major Général à Evere.
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