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Mercredi, matin, 17 mai 1978

Le colonel H. Depoorter quitte l’État-major Général à 2 h. Résumé des décisions qui furent prises :

  1. Sans mise en alerte (!), préparer l’envoi de trois bataillons vers la base de Kamina ;
  2. De là, s’emparer de l’aérodrome de Kolwezi, prendre la ville et y donner, pendant 72 heures, l’occasion aux expatriés de quitter la ville ;
  3. En cas d’ordre formel ce soir à 22 h, le premier avion de transport C-130 avec les paras à bord doit pouvoir décoller le lendemain à 13 h. Le parachutage doit s’effectuer le 20 mai à l’aube.

À 7 h, première réunion d’État-major au Quartier général du Régiment à Everberg.
Tâches pour l’État-major du Régiment :

  1. Obtention des renseignements sur l’adversaire ; effectifs, armement, dispositif.

L’ambassade belge a seulement fait savoir que de nombreux blancs avaient été tués à Kolwezi, dont le groupe de conseillers militaires français. Les rebelles occupent l’aérodrome et la tour de contrôle. Les avions de la Force aérienne zaïroise ont été détruits ;

  1. Rassembler des informations sur la région ; cartes détaillées, photos aériennes des zones possibles de parachutage, endroits précis où séjournent les expatriés à l’intérieur et autour de la ville ;
  2. Informations concernant le transport aérien : du 15e Wing, le Régiment sait que trois C-130 sont en mission d’aide alimentaire "Sahel" au Mali. On ignore le nombre d’avions de la Sabena qui seraient mis à la disposition, ainsi que leur capacité d’emport en personnel et matériel ;
  3. Étudier les problèmes logistiques et les résoudre (annexe 1) ;
  4. Adapter, pour une intervention au Zaïre, les plans existants pour les exercices de l’A.M.F. dans le cadre de l’O.T.A.N. ;
  5. Préparer le briefing pour les commandants d’unités.

En principe, le 3 Para renforcé de la 14e Compagnie commando (professionnalisée) serait parachuté sur l’ancien aérodrome et le 1 Para sur le nouvel aérodrome. Le restant du Régiment atterrirait ensuite.

Ce plan (point 6 ci-dessus) est présenté à 9 h par l’État-major Général au ministre de la Défense nationale. Il est précisé que le parachutage pourrait avoir lieu le samedi 20 mai à l’aube. Le ministère des Affaires étrangères donne instruction à tous les postes diplomatiques d’obtenir les autorisations de survol des pays étrangers par des avions militaires (diplomatic clearance).

Ministre Henri Simonet.À 11 h, le 2 R.E.P. est placé en alerte renforcée, avec départ possible dans les six heures. C’est le colonel L. Planard qui en informe l’État-major Général un quart d’heure plus tard. Les ambassades belges et françaises sont d’avis qu’il faut mener une opération combinée. Le ministre H. Simonet rencontre à 13 h l’ambassadeur français F. Huré. Ils échangent des idées à propos de la collaboration. Nombre de renseignements sont échangés entre les deux ambassades à Bruxelles et à Paris. Mais en Belgique, on ignore que tout est finalement décidé à l’Élysée. Ni le ministère français des Affaires étrangères, ni l’État-major des Forces françaises ne sont directement informés des décisions prises par le président français.

Mercredi, après-midi, 17 mai 1978

C'est le massacre à Kolwezi !Dans la matinée, à Bruxelles, l’ambassadeur E. Rittweger de Moor, rentré de congé, rencontre le ministre H. Simonet, qui ne peut encore lui donner de directives précises. De Lubumbashi, le consul général Van Mossevelde signale à 13 h 30 que de nombreuses exécutions ont été perpétrées à Kolwezi. Le pillage et le massacre des expatriés sont devenus un fait. Les Américains ont été évacués par la société Morris-Knudsen, par camions et hélicoptères. L’état d’alerte de la 2e brigade de la 82e Airborne Division (US) est levé.

À 14 h, le Régiment reçoit de l’État-major Général l’ordre suivant : "Pousser au maximum les préparatifs mais sans mise en alerte ni consignement". Un ordre d’avertissement est donné aux unités où armes et munitions sont vérifiées, l’équipement radio testé et les véhicules préparés pour l’aérotransport par C-130. Le Centre d’entraînement para prépare les parachutages. Sur le plan logistique, le planning détaillé des équipements et ravitaillements à emporter est établi : véhicules et matériel de transmission, équipements de parachutage, vivres et eau, munitions et carburant.

Dans l’après-midi, les attachés militaires français, américains et britanniques reçoivent un briefing au ministère de la Défense nationale. La situation est exposée, une aide sous forme de transport aérien et de carburant à livrer à Kamina est sollicitée, un accord d’échange de tous les renseignements est conclu.

Le "Comité Zaïre", représentant le F.L.N.C. à Bruxelles, informé des réunions ministérielles par les médias, déclare dans une conférence de presse que le sang des victimes retombera sur les autorités belges en cas d’opération militaire.

Comitié International de la Croix-Rouge.Le ministère des Affaires étrangères négocie avec le Comité International de la Croix-rouge (C.I.C.R.) à Genève, la possibilité d’une évacuation pacifique. Contact est pris avec l’Organisation des Nations Unies (O.N.U.) et l’Organisation de l’Unité Africaine (O.U.A.). L’appel pour une "solidarité internationale" par la délégation belge à l’O.N.U. est accepté et le secrétaire général Kurt Waldheim la transmet à l’O.N.U., l’O.U.A. et le C.I.C.R.

Le président Mobutu accepte une intervention étrangère, mais il estime que la Belgique manque à ses devoirs pour soutenir son régime. Il reste à M. A. Cahen, chef de cabinet du ministre des Affaires étrangères de lui expliquer la situation.

À 19 h 45, débute au cabinet de crise une nouvelle réunion qui durera jusqu’à 22 heures. Le colonel A. Blume et le colonel H. Depoorter y assistent en tant que conseillés militaires du ministre P. Vanden Boeynants. Il est confirmé que beaucoup d’expatriés sont tués. Hésitation et dissension prévalent. Le ministre H. Simonet (Parti socialiste - PS), refuse à appuyer, directement ou indirectement, le régime du président Mobutu. Le ministre L. Outers (Front démocratique des francophones - FDF) exige une opération militaire immédiate. Les ministres du Christelijke volkspartij (CVP) et de la Volksunie (VU) hésitent. À l’issue de longues discussions, le ministre P. Vanden Boeynants (Parti social chrétien - PSC), résolu, parvient à convaincre tout le monde et le Premier ministre peut prendre, avec tact, une décision diplomatique pour une intervention, mais pas "seuls". En effet, une aide est indispensable pour l’appui aérien de l’opération.

Le planning est préparé au sein du Régiment et du 15e Wing. 1.180 hommes seront engagés : l’État-major du Régiment, le 1 Para, le 3 Para, la 14e Compagnie du 2 Cdo, l’escadron de Reconnaissance, la compagnie Antichars, les trois pelotons Mortiers dotés de deux basis loads pour l’appui feu, le peloton Despatcher, le peloton de Ravitaillement par air, un Détachement médical avec poste de secours chirurgical. L’Auditeur militaire, M. J. Denaegel, accompagné d’un greffier, partira avec le Régiment. Ultérieurement M. Michel, de l’ambassade de Kigali, le seul civil ( !), nous rejoindra à la base de Kamina (voir: ordre de bataille).

Les véhicules suivants seront embarqués dans les C-130 : dix-huit jeeps radio, douze remorques, dix jeep de reconnaissance armées, vingt-six AS 24, deux camionnettes Unimog, une jeep ambulance.

Le 15e Wing engage dix C-130 et deux B-727. Six à huit avions seront réquisitionnés à la Sabena. Leur nombre ainsi que leur capacité d’emport varieront constamment, ce qui compliquera les préparations.

Le président V. Giscard d’Estaing fait la déclaration suivante :"C’est une affaire grave dans laquelle notre pays est impliqué, ainsi que tout le monde francophone".Le lieutenant-colonel (F) Ph. Erulin rapporte à 20 h à l’Élysée que le 2 R.E.P. est prêt au départ.

Le cabinet de crise se réunit de 19 h à 22 h. Le colonel A. Blume et le colonel H. Depoorter font rapport sur la préparation des unités. Le cabinet décide formellement de n’engager les troupes pour une intervention humanitaire.

Logo du 10 Wing TAC à Kleine-Brogel.À 23 h, le Régiment reçoit l’ordre d’accélérer la préparation, mais toujours sans autorisation de consigner le personnel dans les quartiers. Le secret absolu est exigé dans la préparation. L’aérodrome de Kleine Brogel est choisi comme base de départ, par après ce sera Melsbroek. Pour des raisons techniques, la Sabena refuse de décoller de Kleine Brogel. À 24 h, une réunion est convoquée par le général-major E. Vilain, adjoint opérationnel des Forces de l’intérieur. La chaîne logistique acheminera à Melsbroek environ 120 tonnes d’approvisionnements et de carburant. Déjà à 8 h, le 18 mai, les premiers stocks sont sur place, prêt à être chargés. On utilise les fournitures "palettisées" d’avance, prévues pour les opérations dans le cadre de l’A.M.F. (voir: ordre de l’opération). Dans la soirée, la R.T.B.F. annonce que les paras vont partir.

Jeudi, 18 mai 1978

Passé minuit, l’attaché militaire français informe l’État-major que la France a décidé d’intervenir. L’ambassadeur belge à Paris signale que cette décision a été prise par le président V. Giscard d’Estaing en personne.

À 2 h 15, il est confirmé que la Force aérienne US livrera l’essence à Kamina et assurera les liaisons radio par satellite. Les Britanniques tiendront un avion hôpital à la disposition à Lusaka (Zambie). Aucune nouvelle des Français.

Cliquer pour agrandir, (Plan détaillé de Kolwezi).Le cabinet de crise se réunit de 3 h à 4 h 30 et communique que l’heure définitive de départ sera communiquée à 11 h. Il est à nouveau précisé avec insistance que l’opération ne peut être qu’humanitaire et ne peut excéder une durée de 72 heures. Les avions de la Sabena seront disponibles à partir de 15 h. Il est pris contact avec l’Élysée qui confirme que les Français n’interviendront pas avant les Belges ! À 4 h, arrive au Quartier général du Régiment à Everberg, M. René Lauwers, administrateur délégué de la Gécamines, venant de Lubumbashi, via Kinshasa et Madrid. Il fournit les dernières informations, fiables et précieuses, ainsi que les plans détaillés de la ville et de la région. L’ambassade à Kinshasa signale au ministère des Affaires étrangères que le président Mobutu accepte une opération d’évacuation.

Dans la matinée se tient une réunion au Quartier général des Forces américaines à Stuttgart. On y précise que 120 tonnes de carburant seront fournies journellement par l’aviation américaine.

Logo de la SABENA.À 10 h, réunion au 15e Wing avec les délégués de la Sabena. Les Boeings-707 en vol en Europe ont reçu instruction de rejoindre Melsbroek. Il est confirmé qu’ils seront à disposition à partir de 15 h. Mais à cette heure il est toujours impossible de déterminer le nombre d’hommes pouvant y prendre place, le fret disponible et encore moins les heures de départ. Ces données seront encore modifiées à trois reprises, ce qui ne facilite pas le planning. Avant midi, une nouvelle réunion du cabinet de crise décide d’autoriser le mouvement aérien vers Kamina.

Les préparatifs pour un départ à Diest.À midi, les premières troupes arrivent à l’aérodrome de Melsbroek. Ce ne fut pas toujours simple. À titre d’exemple, la 11e Compagnie du 1 Para est avisée à 1 h 20 du matin à Freyr, près de Dinant, où elle fait de l’escalade. Rentré à 8 h 30 à Diest, les hommes reçoivent leurs instructions à 9 h 15. À partir de 10 h, préparation des bagages et entretien du matériel, puis 45 minutes pour prévenir la famille ou même passer rapidement à la maison. À 14 h, départ en bus vers Melsbroek. Puis attendre… leur Boeing ne décollera qu’à 20 h !

Logo du 3 Para.Le major G. Couwenberg, commandant du 3 Para, donne des ordres à l’État-major et aux commandants de compagnie et donne ensuite un ample briefing aux hommes, dont beaucoup sont des miliciens, à quelques semaines de leur démobilisation.

À 19 h 30, la France demande un exemplaire des ordres d’opération du Régiment pour pouvoir en coordonner les éléments avec leurs propres intentions. Les documents leur sont envoyés mais le Régiment ne sera jamais mis au courant des plans français.

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